Pour casser la routine à deux, les travaux de psychologie sociale pointent une piste précise : faire ensemble des activités réellement nouvelles, qui sortent un peu de la zone de confort. Un dîner au même restaurant ne compte pas. Un cours de danse ou une randonnée sur un sentier inconnu, si.
L’ennui conjugal n’est pas un détail.
- L’ennui partagé après sept ans de mariage annonce une satisfaction plus faible neuf ans plus tard.
- Des couples qui font ensemble des activités excitantes et nouvelles se déclarent plus satisfaits que ceux qui restent sur des sorties ordinaires.
- Une activité compte si elle est neuve pour les deux, comporte un défi et se fait ensemble.
Ce que la recherche dit de l’ennui à deux
En 2009, Tsapelas, Aron et Orbuch ont publié dans Psychological Science une étude de suivi sur des couples mariés. Ceux qui déclaraient s’ennuyer ensemble après sept ans de mariage se disaient moins satisfaits de leur union neuf ans plus tard. Le lien tenait même en tenant compte de la satisfaction initiale. L’ennui ne se contentait donc pas d’accompagner un couple qui va mal, il annonçait la suite.
Dès 1993, Reissman, Aron et Bergen avaient testé l’hypothèse inverse dans le Journal of Social and Personal Relationships. Des couples mariés ont été invités à partager des activités, soit agréables mais ordinaires, soit excitantes et nouvelles. Les seconds ont constaté une meilleure satisfaction que les premiers.
Le cadre théorique derrière ces résultats s’appelle l’expansion du soi, proposé par Arthur Aron et son équipe. Au début d’une relation, chaque partenaire apporte à l’autre de nouvelles idées, de nouveaux lieux, de nouvelles façons de voir. Cet apport s’épuise avec les années, et la relation cesse d’alimenter ce sentiment de grandir. Les activités inédites le rallument, parce que la nouveauté se vit à deux et s’associe au partenaire.
Du tapis de gym au journal intime : les expériences
L’étude la plus citée date de 2000, signée Aron, Norman, Aron, McKenna et Heyman dans le Journal of Personality and Social Psychology. Dans l’une des expériences, des couples devaient traverser une salle sur un tapis en rampant, poignet et cheville attachés à ceux du partenaire, en poussant un coussin cylindrique avec leurs têtes. Le groupe témoin avait une version banale de la tâche, à faire en marchant et sans contrainte. Les couples ont ensuite rempli des questionnaires sur leur relation.
Ceux qui avaient vécu l’épreuve maladroite et drôle sortaient avec une satisfaction conjugale plus élevée.
Plus récemment, Amy Muise et ses collègues ont publié en 2019 des résultats sur des couples établis, suivis par questionnaires quotidiens. Les jours où les partenaires déclaraient avoir vécu davantage d’expériences qui élargissent le soi, ils rapportaient aussi plus de désir sexuel et de satisfaction dans la relation. Une partie de l’étude comprenait en outre un exercice où les couples imaginaient une activité nouvelle à faire ensemble. Le lien entre nouveauté et désir apparaissait aussi dans ce volet.
Une équipe australienne, Coulter et Malouff, a de son côté testé en 2013 un protocole de dix semaines. Des couples y planifiaient chaque semaine une activité choisie pour son caractère excitant, par exemple une sortie nouvelle ou un loisir jamais essayé. Le groupe d’intervention a davantage progressé sur l’excitation ressentie dans le couple que le groupe qui n’a rien changé à ses habitudes.
Passer à l’acte sans partir au bout du monde
Trois critères ressortent de ces travaux : l’activité est neuve pour les deux, elle comporte une part de défi ou d’incertitude, et elle se fait ensemble, pas côte à côte. Un cours de poterie, une sortie d’escalade en salle, un escape game, un plat d’un pays que vous n’avez jamais cuisiné ou une journée de bénévolat remplissent ces conditions. Un film de plus sur le canapé, non.
La logistique décide du reste. Beaucoup de couples gardent l’idée en tête pendant des mois, sans jamais la caler, alors que l’étude de Coulter et Malouff reposait précisément sur une planification hebdomadaire. Alternez qui choisit : celui qui propose prend un risque, celui qui suit accepte de ne pas savoir. Et laissez les téléphones dans le sac, car une attention partagée neutralise une grande partie de l’effet recherché.
Les préférences varient selon les personnes, pas selon le genre. Une femme peut rêver d’un week-end en kayak, un homme d’un atelier de céramique, et l’inverse vaut tout autant.
Les pièges qui font échouer l’essai
Imposer une activité que l’autre redoute produit l’effet contraire : le stress s’associe alors au couple et non à la nouveauté. Si l’un des deux a le vertige, commencez par un mur d’escalade de bloc, à faible hauteur, plutôt que par une via ferrata. Évitez aussi les activités compétitives où l’un des deux risque de se sentir jugé, comme certains jeux d’adresse.
Une sortie ne répare pas un conflit de fond.
Quand la distance vient d’un non-dit, d’une rancœur ou d’une infidélité, la nouveauté peut rapprocher un temps mais ne règle rien. Un thérapeute de couple, formé aux approches fondées sur les preuves, reste alors le bon interlocuteur. Les travaux cités ici concernent surtout des couples dont le lien est ordinaire, pas en crise.
Une limite, enfin : la plupart de ces études ont été menées en Amérique du Nord et en Australie, sur des échantillons de taille modeste, et mesurent souvent des effets à court terme. Le suivi de neuf ans de Tsapelas et ses collègues reste l’un des rares à regarder loin, mais il porte sur l’ennui, pas sur l’effet durable d’un programme d’activités.