Rien n’indique qu’un couple à distance soit condamné d’avance. Dans une étude parue en 2013 dans la revue Family Process, Kelmer et ses collègues ont comparé des personnes en relation à distance et d’autres vivant près de leur partenaire, et ont relevé peu de différences de qualité de relation ou d’engagement.
Le vrai risque est ailleurs.
- L’idéalisation du partenaire à distance crée des ruptures lors des retrouvailles permanentes.
- L’incertitude sur l’avenir du couple réduit davantage la satisfaction que la fréquence des appels.
- Intégrer l’ordinaire pendant les visites protège contre les déceptions liées à la cohabitation.
Quand la distance embellit l’autre
Crystal Jiang et Jeffrey Hancock (Journal of Communication, 2013) ont observé que les partenaires à distance disent se confier davantage et se sentir plus proches que ceux qui se voient tous les jours. Ils décrivent aussi leur moitié sous un jour plus flatteur. On ne connaît de l’autre que ce qu’il choisit de montrer, au téléphone ou à l’écran, et on y ajoute ce que l’imagination comble. Le médium joue son rôle : à l’écrit comme en visio, on pèse ses mots avant de les envoyer.
Les chercheurs parlent d’idéalisation.
Laura Stafford et Andy Merolla ont suivi des couples à distance jusqu’à leurs retrouvailles. Une partie d’entre eux s’est séparée après le retour sous le même toit, et l’idéalisation figurait parmi les éléments associés à ces ruptures. Les participants racontaient avoir découvert des défauts jusque-là invisibles, avoir perdu une part d’indépendance, avoir vu surgir de la jalousie. Cette étude a été publiée en 2007 dans le Journal of Social and Personal Relationships.
Ce que les écrans changent, et ce qu’ils laissent intact
Les chercheurs en interaction homme-machine Carman Neustaedter et Saul Greenberg ont décrit en 2012 des couples qui laissent la visio ouverte pendant le dîner, le ménage ou la lecture. Cette présence sans conversation obligée procure, selon les participants, le sentiment de partager un lieu.
Erin Sahlstein, dans un travail de 2004 sur les relations à distance, décrit des couples tiraillés entre l’envie d’être ensemble et la nécessité de mener chacun sa vie. Les week-ends de visite en sont l’exemple parlant : comme ils sont rares, chacun veut les réussir, et la moindre dispute y pèse très lourd. À mon sens, mieux vaut alterner l’appel du soir avec des échanges plus légers, comme une recette cuisinée en même temps, un épisode de série lancé à la même seconde ou le récit du trajet du matin.
Savoir quand la distance s’arrête
Maguire et Kinney (Journal of Applied communication Research, 2010) ont interrogé des étudiantes en relation à distance et relié l’incertitude sur l’avenir du couple à une satisfaction plus faible. Savoir si, quand et où l’on va se retrouver compte donc probablement autant que la fréquence des appels. Je ne crois pas qu’il faille une date gravée dans le marbre, mais une direction partagée. Elle peut être modeste : une demande de mutation déposée, un mois de télétravail chez l’autre, un contrat qui se termine en juin.
Ce que vous pouvez faire dès cette semaine
Pendant les visites, laissez de la place à l’ordinaire : faire les courses ensemble, laisser traîner ses affaires, supporter une soirée sans programme. C’est à mon avis le meilleur antidote à l’idéalisation, puisqu’il fait entrer la vie réelle avant la cohabitation. Parlez aussi, bien avant les retrouvailles définitives, de ce qui vous inquiète, en particulier la jalousie et l’autonomie, deux sujets relevés dans l’étude de 2007.
Fixez la prochaine visite avant de vous quitter.
Une réserve tout de même : une grande partie de ces recherches porte sur des étudiants, souvent nord-américains, jeunes et sans enfants. Les couples séparés par un métier, une migration ou une garde d’enfants sont moins documentés, et pour eux ces travaux donnent des pistes, pas un mode d’emploi.