Mon fils relit ses fiches surlignées pendant des heures : le soir du contrôle, j’ai compris ce que ce surligneur lui faisait croire

Ce soir-là, mon fils a fermé son cahier vingt minutes avant l’heure du contrôle, confiant. Ses fiches étaient couvertes de jaune, de rose, de vert fluo. Il les relisait depuis trois jours, certain d’avoir tout intégré. Le lendemain, sa copie racontait une autre histoire : des trous de mémoire sur des notions qu’il pensait maîtriser parfaitement. Ce que le surligneur lui avait fait croire, c’est qu’apprendre se résume à reconnaître un texte, alors qu’apprendre, c’est pouvoir le restituer sans filet.

Ce décalage porte un nom en psychologie cognitive : l’illusion de compétence. Le surlignage tend à générer une illusion de compétence ou de connaissance, un biais cognitif qui entraîne un excès de confiance chez les personnes concernées, qui estiment avoir suffisamment étudié. Mon fils n’avait rien fait de mal au sens strict. Il avait fait ce que font la quasi-totalité des élèves depuis des générations. Le problème, c’est que ce réflexe familier ne prépare pas au moment où il faut chercher l’information sans support sous les yeux.

À retenir

  • Pourquoi un enfant peut relire ses fiches pendant des heures et échouer sa copie le jour du contrôle
  • Le nom scientifique du piège dans lequel tombe votre enfant quand il surligne
  • Les techniques que les chercheurs en sciences cognitives recommandent vraiment pour apprendre efficacement

Pourquoi le cerveau confond familiarité et savoir

Le mécanisme est simple, presque trivial une fois qu’on le comprend. À force de repasser sur les contenus en les relisant, un élève augmente son degré de familiarité avec les contenus, ce qui correspond à une compréhension superficielle sans garantie d’apprentissage. Reconnaître une phrase surlignée donne une sensation agréable de « je sais déjà ça ». Mais reconnaître n’est pas se souvenir. C’est la différence entre reconnaître le visage d’un acteur dans un film et être capable de citer son nom sans indice.

Les chercheurs en sciences cognitives ont un avertissement clair sur ce point. Les stratégies d’apprentissage passives comme la relecture répétée sans interruption dans le temps, le surlignage et le recopiage sont à éviter, car elles ne fournissent pas d’indicateurs objectifs de notre maîtrise d’une information et nous confortent dans notre illusion de maîtrise. le surligneur ne teste rien. Il colore. Et colorer une phrase, contrairement à ce qu’on pourrait croire, mobilise très peu les circuits cérébraux réellement utiles pour mémoriser.

C’est justement ce qu’a montré l’une des synthèses de recherche les plus citées sur le sujet. Le psychologue John Dunlosky et son équipe ont passé au crible dix techniques d’étude courantes, en évaluant leur efficacité réelle sur des critères objectifs de mémorisation et de compréhension. Parmi les techniques étudiées figuraient l’interrogation élaborative, l’auto-explication, le résumé, le surlignage, la relecture, les tests pratiques et la pratique espacée, et les résultats montrent que la relecture et le surlignage sont les techniques les plus utilisées par les élèves, alors qu’elles ne boostent pas systématiquement leurs performances. Une étude française récente confirme la même tendance à plus grande échelle. Une méta-analyse menée par le chercheur John Dunlosky en 2013 auprès de plus de 169 000 participants a comparé différentes stratégies d’apprentissage et montre que les techniques les plus utilisées par les élèves, comme relire, surligner ou résumer, ne sont pas les plus efficaces ; ce qui fonctionne davantage, c’est de se tester régulièrement.

Ce que révèle le soir du contrôle

Le soir où mon fils a buté sur sa copie, j’ai réalisé que le surligneur avait joué un tour classique à sa perception de lui-même. Il ne s’agissait pas d’un manque de travail, ni d’un manque d’intelligence. Il avait simplement confondu deux sensations très différentes : la fluidité de lecture et la solidité de la mémoire. Le bilan de la recherche en sciences de l’apprentissage sur ce sujet est assez clair : il montre de manière assez implacable qu’il ne semble pas y avoir d’avantages particuliers à utiliser ces techniques en matière d’apprentissage.

Une nuance mérite d’être posée, parce que tout n’est pas à jeter dans ce petit tube fluo qui traîne dans toutes les trousses. Étudier un support non surligné, un support souligné par soi-même ou un support souligné par une tierce personne ne semble pas mener à des résultats sensiblement différents lors d’un test ultérieur, mais si un élève se contente de relire son manuel en soulignant les parties essentielles, il peut renforcer légèrement sa compréhension de manière superficielle. Le surlignage n’est donc pas nuisible en soi. Il devient problématique quand il devient la seule stratégie, celle sur laquelle repose toute la révision.

Remplacer la couleur par l’effort de rappel

Ce qui a réellement changé chez mon fils, après ce contrôle raté, c’est le passage d’une lecture passive à une récupération active de l’information. La logique cognitive derrière cette bascule est documentée depuis longtemps. Le surlignage et la relecture sollicitent peu les mécanismes cognitifs impliqués dans l’apprentissage, comme l’attention ou la mémoire, si bien qu’on peut très bien surligner des passages importants en pensant à autre chose, alors que lorsqu’un élève tente de retrouver une information, il est obligé de la rechercher activement dans son cerveau, ce qui renforce sa mémorisation. C’est tout l’enjeu de ce qu’on appelle la pratique de récupération, ou « retrieval practice » : fermer le cahier, essayer de reformuler le cours à voix haute, se poser des questions, se tromper, revérifier. L’inconfort de chercher sans filet est précisément ce qui construit une trace mémorielle solide.

D’autres approches complètent utilement cette logique, sans prétendre remplacer entièrement une stratégie unique. Il existe d’autres techniques et approches d’apprentissage plus efficaces, comme le fait de prendre des notes, de se tester ou rédiger une synthèse textuelle ou visuelle en reformulant les idées. Le point commun entre toutes ces méthodes, c’est qu’elles forcent à produire quelque chose plutôt qu’à simplement colorer ce que quelqu’un d’autre a déjà écrit.

Un détail change tout dans la façon d’utiliser un surligneur au quotidien : il peut redevenir utile s’il sert d’étape intermédiaire et non de finalité. Le surlignage peut être un outil d’organisation d’un contenu ou un support pour favoriser l’élaboration ou la détermination de moyens mnémotechniques. Repérer les idées clés en couleur, puis fermer le cahier et tenter de les restituer de mémoire sur une feuille blanche : voilà la combinaison qui transforme un geste cosmétique en véritable outil d’apprentissage. Mon fils a gardé ses feutres fluo. Il les utilise juste différemment, comme un point de départ pour se tester, plus jamais comme un point d’arrivée.

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