Je m’excusais pour un rien auprès de mon mari pendant des années : le jour où une psy m’a expliqué ce que ça cachait, j’ai tout compris

Pendant des années, le mot « désolée » revenait comme un tic. Pour avoir posé une question, pour avoir pris trop de place dans le lit, pour avoir eu faim au mauvais moment. Un réflexe si automatique qu’il n’y avait même plus de conscience derrière. Et puis, un jour, une psychologue a posé une question toute simple : « Quand vous dites pardon, de quoi avez-vous peur ? » Tout s’est éclairé d’un coup.

Ce témoignage, j’entends ses variations tous les jours dans mon travail. Des femmes, mais aussi des hommes, qui s’excusent en permanence dans leur couple sans pouvoir expliquer pourquoi. S’excuser constamment peut sembler relever de la gentillesse ou de l’humilité, mais cela reflète souvent des enjeux émotionnels bien plus profonds : un déséquilibre de pouvoir, une faible estime de soi, de l’anxiété ou des réponses à des traumatismes anciens. Ce n’est pas une question de mauvaise éducation ou de caractère faible. C’est une mécanique psychologique précise, qui a une histoire.

À retenir

  • Ces excuses automatiques ne reflètent pas une vraie responsabilité, mais une peur cachée
  • L’origine remonte généralement à l’enfance et aux dynamiques familiales
  • Ce comportement use les deux partenaires et crée une relation asymétrique

Ce que cache vraiment ce « désolée » permanent

L’«autosilenciation» est un schéma dans lequel une personne réprime ses besoins et ses émotions pour éviter les conflits et préserver ses relations. Ce comportement prend généralement racine dans l’enfance, dans des familles où le conflit est perçu comme dangereux et dans lesquelles il vaut mieux ne pas trop se faire remarquer pour être accepté. le « pardon » d’adulte est souvent l’écho d’un enfant qui apprenait à se faire oublier pour rester en sécurité.

Ce lien avec l’enfance est central. Un parent très exigeant, rarement satisfait, qui ne reconnaît jamais les efforts positifs de son enfant, va générer chez lui une grande anxiété. Cela donne notamment ces perfectionnistes qui ont l’impression de n’être jamais assez bien, et de n’en faire jamais assez. Ces croyances ne disparaissent pas à 18 ans. Elles entrent dans le couple, s’installent dans le lit conjugal, et continuent de dicter des comportements que la personne ne comprend plus elle-même.

Les personnes dont l’attachement aux autres est anxieux ont tendance à s’excuser rapidement et excessivement, par peur de l’abandon ou de la désapprobation. Pour elles, dire « désolée » est un moyen de maintenir la proximité et de réduire le risque de rupture relationnelle. Ce mécanisme est particulièrement actif dans le couple, là où la peur de perdre l’autre est la plus vive. L’excuse devient alors un bouclier émotionnel, pas un acte de responsabilité.

Il y a aussi une dimension sociale qui mérite d’être nommée sans détour. Les femmes appartenant à des cultures patriarcales sont plus susceptibles de douter de leurs capacités, de leur valeur et de leur légitimité à occuper de l’espace dans leur environnement, et l’une des façons dont cela se manifeste sur le plan comportemental est de s’excuser de manière excessive. Ce n’est pas une faiblesse individuelle : c’est un apprentissage collectif, transmis de génération en génération, que beaucoup de femmes portent sans l’avoir jamais choisi.

Pourquoi c’est usant pour les deux partenaires

On pourrait penser que s’excuser souvent est une qualité relationnelle. C’est l’inverse qui se produit. Dire « pardon » est en principe un de ces ciments sociaux qui renforcent nos relations. Cependant, le faire de façon constante peut affaiblir l’estime de soi. Chaque excuse non méritée est une micro-validation de l’idée que l’on est en faute, que l’on prend trop de place, que l’on vaut moins que l’autre.

L’excuse devient surtout un outil de régulation émotionnelle plutôt qu’un véritable acte de responsabilité. Ce comportement n’est pas un défaut ou une faiblesse : il reflète l’apprentissage du système nerveux, qui développe ces schémas pour préserver les relations. Mais sur le long terme, cette stratégie se retourne contre elle-même. Le partenaire qui reçoit ces excuses constantes finit par ne plus les entendre. Pire : il peut commencer, inconsciemment, à se sentir supérieur dans la relation.

Un partenaire qui n’a pas confiance en lui ne peut pas avoir confiance en la relation. Selon l’importance du manque, les manifestations qui en résultent peuvent nuire à la relation et faire souffrir les deux partenaires. La personne qui s’excuse sans cesse souffre. Mais celle qui reçoit ces excuses porte aussi un poids : celui d’une relation asymétrique qu’elle n’a pas forcément demandée.

Sortir de cette habitude : par où commencer concrètement

La première étape, et souvent la plus difficile, est de distinguer les excuses légitimes des excuses réflexes. L’excuse devrait idéalement refléter une reconnaissance sincère des torts causés ou des erreurs commises, plutôt qu’une réponse automatique à chaque interaction. Un exercice utile : avant de dire « pardon », se demander « Ai-je réellement causé un tort ? » Si la réponse est non, chercher une autre formulation.

Remplacer les excuses automatiques par des formulations assertives change profondément la dynamique. « Je ne comprends pas bien » au lieu de « Excuse-moi d’être bête ». « Peux-tu répéter ? » au lieu de « Désolée, je n’ai pas bien suivi. » Ce ne sont pas de petits détails de langage : ce sont des actes de positionnement. Exprimer ses besoins directement, au lieu de s’excuser de les avoir, est un geste de respect envers soi-même.

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont la psychothérapie de choix dans les problèmes de confiance en soi. Elles permettent notamment de repérer les pensées automatiques qui précèdent l’excuse compulsive, et de les remettre en question une à une. Ce travail ne se fait pas du jour au lendemain, mais il est profondément transformateur, et ses effets dépassent largement le seul registre du couple.

Ce que le couple peut gagner à traverser ça ensemble

Quand une personne cesse de s’excuser pour un rien, la relation change. Parfois, le partenaire est déstabilisé : une dynamique installée depuis des années se redistribue. Parfois, au contraire, le couple respire mieux. Les excuses bilatérales, lorsque les deux membres du couple reconnaissent chacun leur rôle dans un conflit, peuvent être le signe d’une relation très fonctionnelle. Elles prédisent même une relation qui continuera à être solide dans le temps, parce que le couple est capable de se recalibrer et de guérir les tensions. L’objectif n’est donc pas d’éliminer les excuses, mais de leur redonner leur vrai sens : la reconnaissance d’un tort réel, offerte librement.

Un dernier élément mérite d’être ajouté : ce phénomène touche les femmes de façon disproportionnée, mais les hommes qui en souffrent sont souvent encore plus isolés, parce que ce comportement est perçu comme peu compatible avec ce qu’on attend d’eux. Une faible estime de soi engendre découragement, stress et anxiété, avec une attitude plutôt docile et de soumission face à autrui, quel que soit le genre. Reconnaître ce schéma chez soi, chez son partenaire ou chez les deux est déjà, en soi, une forme de courage relationnel.

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