# Mon patron commande toujours exactement le même plat que la personne en face de lui et ce n’est pas par manque d’imagination
Ce n’est ni un hasard, ni une coïncidence répétée. Ce détail, presque comique quand on l’observe assez longtemps, révèle en réalité un mécanisme psychologique bien documenté : le mimétisme comportemental, aussi appelé effet miroir ou effet caméléon. Et non, votre patron n’a pas simplement du mal à choisir sur la carte.
À retenir
- Un mécanisme cérébral appelé neurones miroirs explique pourquoi on imite inconsciemment les autres
- Le mimétisme renforce la confiance et crée une sensation de proximité relationnelle
- Certains leaders l’utilisent consciemment comme outil de négociation et de gestion
Un réflexe social qui remonte à l’enfance
Le mimétisme ne naît pas dans les salles de réunion. Au-delà d’un mouvement spontané qui s’établit entre deux êtres humains, il s’agit d’une aide essentielle dans le développement psychologique, et dès l’enfance, le bébé va reproduire les sons émis par ses parents, puis les attitudes corporelles, apprenant ainsi à parler une langue ou marcher. Ce processus continue à l’âge adulte, bien après qu’on ait appris à manger sans renverser sa soupe.
Le mécanisme neurologique derrière ce comportement porte un nom précis. Ce processus est généré par ce que l’on appelle les neurones « miroirs ». Ces cellules cérébrales s’activent aussi bien quand on effectue une action que lorsqu’on observe quelqu’un d’autre la réaliser, créant une sorte de pont neuronal entre soi et l’autre. Résultat : sans même en avoir conscience, votre patron capte les signaux non-verbaux de son interlocuteur, dont son choix de menu, et les reproduit.
Ce qui rend la chose intéressante, c’est que ce mimétisme dépasse largement la commande au restaurant. Copier la coiffure ou la tenue d’une collègue, adopter un accent ou réutiliser une expression employée par une personne de votre entourage, cela vous est forcément déjà arrivé, consciemment ou non. Le plat identique n’est qu’une manifestation visible et facile à repérer d’un phénomène qui opère en permanence, souvent de façon invisible.
Pourquoi ce geste crée de la confiance (et parfois du pouvoir)
Le vrai enjeu n’est pas gastronomique, il est relationnel. Faire consciemment ou non du mimétisme permet à une personne de mettre à l’aise son interlocuteur, qui va reconnaître chez l’autre des attitudes ou des codes similaires aux siens, ce qui va le mettre en confiance et lui permettre de s’identifier. En clair, en commandant la même chose que vous, votre patron envoie un signal implicite : « je suis comme toi, on est sur la même longueur d’onde ».
Cette dynamique a été particulièrement étudiée dans les contextes de négociation, où elle porte souvent le nom de mirroring. L’effet miroir, c’est ce comportement qui fait que nous imitons, sans le vouloir, les paroles, les gestes et attitudes de nos proches. Certains professionnels en ont fait un outil volontaire. L’ancien négociateur du FBI Chris Voss, popularisé par son livre Never Split the Difference, a bâti toute une méthode autour de cette technique. Une technique bien connue de Chris Voss explique comment l’effet miroir peut aider à la négociation, en suggérant de répéter les trois derniers mots de son interlocuteur.
Un détail surprenant confirme à quel point ce mécanisme fonctionne, même dans un cadre aussi trivial qu’un service au restaurant. Une étude hollandaise a mis en évidence que les serveurs qui répétaient systématiquement les commandes des clients, plutôt que de simplement dire « d’accord » ou « très bien », obtenaient de meilleurs pourboires. Si reformuler une commande de burger suffit à générer plus de générosité, on comprend mieux pourquoi reproduire le choix de plat de son vis-à-vis peut avoir un effet sur la perception qu’on a de lui.
Et attention, ce mécanisme n’est pas réservé aux petits chefs de bureau anxieux de plaire. Une étude citée par plusieurs sources souligne que « les humains sont attirés par les gens qui sont comme eux et les différences peuvent être perçues comme menaçante », selon la psychologue Karen Pine de l’Université du Hertfordshire. la ressemblance rassure, et l’inverse peut créer une distance inconsciente, même minime.
Où s’arrête l’inconscient, où commence la stratégie
La frontière entre spontanéité et calcul est plus fine qu’il n’y paraît. Le mimétisme naturel, celui qui pousse deux amis à croiser les jambes de la même façon sans y penser, diffère nettement de la version consciente utilisée en négociation ou en management. Une expérience menée par un conseiller auprès d’un lycéen l’illustre bien : les résultats ont montré que lorsque le conseiller imitait son interlocuteur, il était jugé comme ayant plus d’empathie qu’en l’absence d’imitation ou d’imitation contraire. Le geste, même artificiel, produit un effet réel sur la perception d’autrui.
Pour un manager, commander le même plat qu’un collaborateur ou qu’un client peut donc relever de deux logiques bien distinctes. Soit c’est un réflexe totalement involontaire, hérité de neurones miroirs qui tournent en pilote automatique depuis l’enfance. Soit c’est un choix, presque tactique, pour désamorcer une tension avant un entretien difficile ou pour créer une proximité avant d’annoncer une mauvaise nouvelle. Dans les deux cas, l’intention n’est jamais malveillante en soi, même si certains spécialistes rappellent que le mimétisme peut également être employé de manière malveillante, à des fins de manipulation quand il devient trop appuyé ou calculé à outrance.
La nuance à retenir, c’est que le mimétisme fonctionne surtout quand il reste discret. Un excès de synchronisation, du plat identique jusqu’à la posture et au ton de voix copiés à l’identique, finit par se remarquer et produire l’effet inverse : au lieu de rassurer, il agace ou met la puce à l’oreille. La prochaine fois que votre patron reposera son menu après avoir entendu votre commande pour dire « pareil pour moi », vous saurez que son cerveau vient probablement de faire, en une fraction de seconde, un calcul social bien plus complexe qu’un simple choix de plat du jour.
Sources : accedia.fr | hellowork.com