Après 30 ans, un trait de personnalité sur deux n’est plus le même : celui qui bouge en premier étonne les psys

« À 30 ans, le caractère est fixé comme du plâtre et ne peut plus changer de forme », affirmait en 1890 William James dans le plus célèbre des manuels de psychologie. Pendant un siècle, cette conviction a traversé la culture populaire comme une vérité indiscutable. Mauvaise nouvelle pour qui espérait changer. Sauf que la recherche contemporaine est venue tout bouleverser, et les résultats étonnent jusqu’aux spécialistes : non seulement la personnalité continue d’évoluer bien après 30 ans, mais le trait qui bouge en premier est précisément celui que personne n’attendait là.

À retenir

  • William James avait tort : la personnalité n’est pas figée après 30 ans
  • Le trait qui augmente le plus avec l’âge n’est pas celui qu’on attendait
  • La stabilité émotionnelle peut s’améliorer consciemment en seulement six semaines

L’hypothèse du plâtre, une idée déjà fissurée

S’il y a quelques décennies on tenait pour acquis que notre façon d’être ne changeait guère lorsque nous atteignions la maturité, cette théorie ne tient plus. La personnalité humaine est malléable et aussi fluide. Ce revirement est le fruit d’années de travaux longitudinaux, ces études qui suivent les mêmes personnes pendant des décennies, plutôt que de comparer des générations différentes à un instant T.

Une analyse d’envergure a compilé 14 études longitudinales rassemblant des informations sur la personnalité de 47 190 personnes vivant aux États-Unis ou en Europe. Le verdict est sans appel : notre personnalité évoluerait en fait de façon progressive et imperceptible, et ce jusqu’à plus ou moins nos 80 ans. Ce n’est pas du tout le déclin qu’on redoute. C’est une maturation.

Pour comprendre ce qui change, il faut d’abord savoir comment la psychologie mesure la personnalité. Lorsque les psychologues parlent de personnalité, ils font généralement référence à ce que l’on appelle les cinq grands traits que sont l’ouverture d’esprit, le caractère consciencieux, l’extraversion, l’agréabilité et le névrosisme. Cinq dimensions, cinq histoires différentes qui se jouent au fil de la vie. Et l’une d’elles prend une trajectoire que les chercheurs n’avaient pas anticipée.

Le trait qui étonne : la stabilité émotionnelle

La stabilité émotionnelle augmente de façon consistante et plus substantielle au cours de la vie qu’on ne le pensait auparavant. Voilà ce qui surprend les spécialistes. Ce n’est pas l’extraversion qui monte en puissance avec l’âge, ni l’ouverture à de nouvelles idées. C’est la capacité à ne pas se laisser emporter par ses propres tempêtes intérieures.

Pensez à quelqu’un que vous connaissiez anxieux, réactif, prompt à s’inquiéter à 25 ans, et qui semble aujourd’hui habité d’un calme qu’il ne simulait pas. Le score de névrosisme peut diminuer avec le temps, l’âge, les expériences de vie et l’effort conscient. Ce qui était vécu comme un trait permanent, presque une condamnation, se révèle être davantage un stade de la vie qu’une caractéristique gravée dans le cerveau.

Les diminutions de la plupart des traits avec l’âge avancé peuvent refléter un déclin du contrôle primaire, tandis que l’augmentation de la stabilité émotionnelle reflète une capacité accrue à mobiliser des stratégies de régulation secondaire pour minimiser les affects négatifs. La stabilité émotionnelle sert ainsi de ressource psychologique à mesure que d’autres ressources déclinent. En d’autres mots : là où le corps perd en souplesse, le psychisme en gagne.

Ce qui monte, ce qui descend, et ce que ça change pour nous

En termes de changements moyens, les personnes font preuve d’une plus grande confiance en soi, de chaleur, d’autocontrôle et de stabilité émotionnelle avec l’âge. Ces changements prédominent dans le jeune âge adulte, entre 20 et 40 ans. C’est la période charnière, bien plus active qu’on ne l’imaginait.

Dans le même temps, on observe une légère diminution de l’ouverture à l’expérience et de l’extraversion avec l’âge. Ce trait caractérisé par la curiosité intellectuelle, la créativité et le goût pour la nouveauté tend à décliner progressivement. L’extraversion, qui se manifeste par la sociabilité, l’assertivité et la recherche de stimulations, suit une trajectoire similaire.

Mais attention : il y a un grand perdant dans cette histoire, et c’est le stéréotype du « vieux ronchon ». Un autre changement positif observé avec l’âge est l’augmentation de l’agréabilité. Contrairement au stéréotype du senior grincheux, les études montrent que nous devenons généralement plus agréables et altruistes avec les années. L’agréabilité progresse, elle, de façon cohérente, portée par l’expérience relationnelle accumulée.

« En moyenne, tout le monde devient plus consciencieux, plus stable sur le plan émotionnel et plus agréable », résume une chercheuse ayant suivi les mêmes participants sur cinquante ans. Mais les gens changent différemment sur différents traits, la personnalité n’est pas stable pour tout le monde à travers la vie. Ce qui varie entre individus, c’est l’ampleur du changement, pas son existence.

Peut-on accélérer ce processus ?

La question qui se pose alors est presque inévitable. Si la personnalité évolue naturellement, peut-on conscientiser cette évolution, voire l’encourager ? La réponse que donnent les recherches récentes est prudemment encourageante.

Les résultats confirment que le désir de changement est très répandu dans la population. Les participants souhaitaient en particulier devenir plus sociables, plus consciencieux et plus stables émotionnellement. Ils avaient donc conscience de ce qu’ils voulaient modifier. Là où les choses deviennent intéressantes, c’est dans ce qui se passe réellement : ceux qui souhaitaient devenir plus extravertis n’avaient pas changé sur ce trait, mais avaient souvent vu leur agréabilité augmenter. Sans doute car en essayant de sortir de leur coquille, ils s’étaient montrés plus amicaux avec les autres. Les changements arrivent souvent par la fenêtre plutôt que par la porte.

D’autres travaux montrent qu’une intervention psychologique adaptée ou une psychothérapie permettent ces évolutions : certains programmes d’entraînement aux compétences émotionnelles entraînent par exemple une augmentation de l’extraversion et de la stabilité émotionnelle en six semaines. Six semaines. Pas une vie entière.

Les traits de personnalité prédisent des résultats de vie importants, comme le succès en amour et au travail, le bien-être, la santé et la longévité. Ce n’est donc pas un sujet purement théorique. Comprendre que votre réactivité émotionnelle de la trentaine n’est pas une fatalité, que votre tendance à vous ronger les sangs peut s’atténuer avec les décennies, ou que vous êtes probablement destiné à devenir une version plus douce et plus apaisée de vous-même : tout cela a des implications très concrètes sur la façon dont on se raconte, et dont on s’évalue.

Ce que les psys ont découvert, au fond, c’est peut-être moins une surprise psychologique qu’une confirmation de ce que les personnes âgées disent souvent avec un sourire tranquille : qu’elles auraient bien voulu savoir à 35 ans qu’elles se sentiraient un jour si à l’aise dans leur propre peau. La vraie question n’est donc pas de savoir si vous changerez, mais si vous vous autoriserez à percevoir ces changements quand ils se produiront.

Leave a Comment